Foudres antiques
- sulla80

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Sénèque (écrivant entre 62 et 65 ap. J.-C.) classe la foudre au même titre que les torches et les étoiles filantes, la qualifiant de « feu jailli de l'air » ( ignis aere expressus ). Il les considère comme des phénomènes transitoires et éphémères, causés par des « défauts » physiques ou des pressions atmosphériques, plutôt que par des caprices divins spontanés.
Sans rejeter Jupiter, Sénèque le redéfinit. Dans ses Quaestions naturelles , il soutient que Jupiter ne « vise et ne lance » pas littéralement chaque éclair. Il le conçoit plutôt comme la Cause Première, l'Intelligence à l'origine des lois de la nature. La « volonté de Jupiter » s'exprime dans les systèmes naturels.

Ne hoc quidem crediderunt, Iouem, qualem in Capitolio & in ceteris aedibus colimus, mittere manu fulmina, sed eumdem quem nos Iouem intelligunt, custodem rectoremque vniuersi, animum ac spiritum, mundani huius operis dominum & artificem, cui nomen omne conuenit. Vis illum fatum vocare? non errabis. Hic est, ex quo suspensa sunt omnia, caussa caussarum. Vis illum prouidentiam dicere? rectè dices. Est enim, cuius consilio huic mundo prouidetur"
"They did not even believe this: that Jupiter, such as we worship him in the Capitol and in other temples, hurls thunderbolts with his hand; but they understand that same Jupiter whom we do: the guardian and ruler of the universe, the mind and spirit, the master and craftsman of this worldly work, to whom every name is suitable. Do you wish to call him Fate? You will not be wrong. He is the one upon whom all things depend, the cause of causes. Do you wish to call him Providence? You will speak correctly. For he is the one by whose counsel this world is provided for"
- Seneca, Naturales Quaestiones, Book II.45.Il classe la foudre au même rang que les étoiles filantes, les comètes et les torches.
"Dicebam modo nihil diuturnum esse quod exarsit aeris vitio. Nunc amplius adicio: morari ac stare nullo modo potest. Nam et fax et fulmen et stella transcurrens et quisquis alius est ignis aere expressus in fuga est nec apparet, nisi dum cadit. Cometes habet suam sedem et ideo non cito expellitur sed emetitur spatium suum, nec extinguitur sed excedit."
"I was just saying that nothing which has blazed up through a defect in the air is long-lasting. Now I add more: it is in no way able to linger or stand still. For both the torch and the thunderbolt and the shooting star, and whatever other fire is squeezed out of the air, is in flight and does not appear except while it is falling. A comet has its own fixed place and for that reason is not quickly driven out but measures out its own space; it is not extinguished, but passes away."
- Seneca, Naturales Quaestiones, Book VII.23. Ce denier, émis en 120 av. J.-C., est une pièce de monnaie de Marcius Papirius Carbo sur laquelle Jupiter illustre la technique de lancer appropriée :

La technique de lancer de Zeus/Jupiter est une leçon magistrale d'équilibre, de maîtrise et de tension, capturée et illustrée à l'instant précis précédant le lâcher. Le mot latin « iactus » désigne le lancer de javelot et de foudre. Tout votre poids doit reposer sur la jambe gauche, projetée vers votre cible, tandis que votre jambe droite reste tendue pour vous assurer une base solide. Le bras gauche, tenant un sceptre, peut servir de viseur ou de contrepoids pour l'équilibre et la puissance. Le bras droit est levé et plié à angle droit, la main ramenée en arrière au-delà de la tête afin de maximiser l'énergie potentielle du lancer.
Voici un foudre ailé de la République romaine.

S'il subsistait le moindre doute, le foudre était déjà largement utilisé par les Grecs avant les Romains. Un exemple « grec » : un foudre phrygien de Peltae (fin du IIe-Ier siècle av. J.-C.). Bien que Rome soit devenue la puissance dominante en Asie Mineure après 133 av. J.-C., elle autorisa de nombreuses cités, comme Peltae, à continuer de frapper leur propre monnaie de bronze « autonome ». Ce n'est qu'à la fin de la période impériale (à partir d'Auguste) que les pièces de cette région arborèrent généralement le portrait d'un empereur romain et entrèrent dans ce que l'on appelle le monnayage provincial romain.

Une pièce de monnaie de Séleucie de Piérie datant de la période d'indépendance entre l'effondrement de l'Empire séleucide et l'annexion romaine.

Voici un foudre romano-grec plus impressionnant, provenant d'Antonin le Pieux de Macédoine (ma pièce préférée parmi celles que je présente aujourd'hui) , RPC 4264 (temporaire) . Symbole de la Providentia Deorum romaine, cette croyance affirmait que l'univers n'était pas chaotique, mais gouverné par une intelligence rationnelle et bienveillante (les dieux) qui avait un « plan stratégique » pour l'Empire, incarné par l'empereur. Pour les Macédoniens, cette imagerie établit un puissant lien culturel entre l'autorité impériale romaine, le culte local de Zeus et la tradition héroïque d'Alexandre le Grand. Zeus Olympien était le père de Makedonos, ce qui revendiquait la descendance des Macédoniens de Zeus.
Hesiod says: "And she conceived and bare to Zeus who delights in the thunderbolt two sons, Magnes and Macedon, rejoicing in horses, who dwell round about Pieria and Olympus..." (Hessiod, circa 6th century BC, Catalogues of Women) (See here in Greek)
Voici un petit foudre ailé sur un « trône » d'Antonin le Pieux (consul pour la quatrième et dernière fois : 145-161 ap. J.-C.). Le foudre est l'attribut principal de Jupiter, roi des dieux romains (Zeus pour les Grecs). Si les pièces antérieures d'Antonin le Pieux comportent explicitement la légende PROVIDENTIAE DEORVM avec un foudre, cette version COS IIII utilise la seule image pour suggérer que les dieux veillent sur l'Empire et ont approuvé le règne de l'empereur. Le « trône » est en réalité un pulvinar , un trône sacré drapé. Dans la religion romaine, placer l'attribut d'une divinité (comme le foudre de Jupiter) sur un pulvinar symbolisait la présence invisible du dieu lors d'un banquet sacré.

Les éclairs présents sur toutes ces pièces et sur près de 300 ans servent de symbole du pouvoir dominant aligné sur l'ordre (rationnel ? stable ?) des dieux.

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